La Sigoise
La vie à Saint-Denis du Sig en oranie (Algérie) de 1845 à 1962.

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Algérie - Barrage du Sig

L’illustration n°113 vol. V 26 avril 1845

samedi 18 mai 2013

Algérie

BARRAGE DU SIG


La domination française en Algérie semble se consumer chaque jour davantage par l’influence des mœurs, des usages et de la civilisation européenne. Nous trouvons incessamment des preuves nouvelles de cette espèce de transformation sociale dans les nombreux journaux qui apparaissent du toutes parts en Afrique : le Moniteur algérien, l’Akhlbar, le Safsaf, La Seybouse, l’Écho d’Oran. La France algérienne, le Courrier d’Afrique, l‘Écho de l’Atlas, indépendamment de l’Algérie et du l’Afrique, qui se publient à Paris. Tantôt ce sont les fêtes du carnaval qui attirent les indigènes au milieu de nos garnisons et de nos camps ; tantôt des chefs arabes eux-mêmes, comme les quinze cheikhs ou kaïds des environs de Chelma, sa réunissent et se cotisent pour offrir à leur tour un bail, avec ambigu et vin de Champagne. aux colons et à la garnison.


Et qu‘ou ne s’imagine pas, comme le faisait remarquer dernièrement avec raison la Seybouse, que les Arabes ne progressent à notre contact que dans le gout des plaisirs. Une tendance générale vers tout se qui est annule se manifeste parmi eux de plus en plus. Ainsi, au lieu de se contenter, comme jadis, pour la construction de leurs maisons, de quelques mauvaises murailles de boue, ils commençant à employer nos entrepreneurs et nos maçons européens et à construire avec gout.

[...]


Les Arabes ne veulent pas s’arrêter la ; de tous côtés on est surpris de les entendre proposer d’établir, également à leur frais, par les soins de l’administration, d’autres ponts semblables dans les lieux où ils les croient nécessaires ; ils vont même jusqu’à proposer de contribuer à la construction des ponts plus importants et plus dispendieux à élever sur les grandes rivières de l‘Algérie.


Mais, de tous les travaux d’utilité publique exécutés jusqu’à ce jour, il n’en est pas, après les routes, qui aient plus vivement impressionné les Arabes et excité à un plus haut degré leur reconnaissance, que ceux du barrage du Sig.


La vaste plaine du Sig, qu’on traverse pour aller d’Oran à a Mascara, a environ 28 kilomètres de longueur depuis le point où la rivière sort des montagnes jusqu’à son confluent avec l’Habra. Sa largeur varie de 12 à 16 kilomètres. Cette plaine a été de tout temps d’une grande fertilité. Les Turcs y avaient établi un système de canaux d’irrigation par les eaux du Sig, que des barrages, construits à trois reprises différentes et successivement détruits par la violence du courant, élevaient à une hauteur considérable. Les traces de ces barrages attestent l’importance que les indigènes attachaient aux irrigations. Le troisième barrage, renversé il y a environ cinquante ans, après neuf années d’existence, avait, dans cet espace de temps, changé complétement l’aspect de la vallée, qui s’était couverte d’habitations et de riches cultures. Cette fertilité, dont le souvenir est resté dans le pays, a disparu avec la cause qui l’avait fait naître, et la plaine du Sig, naguère le grenier d’Oran, est redevenue en grande partie inculte comme elle l’était auparavant.


La nombreuse et riche tribu des Garabas, qui habite cette plaine, ayant demandé que le barrage fût rétabli , offrit en même temps de concourir à l’exécution des travaux par la fourniture gratuite de la pierre, de la chaux, du sable et d’une partie de la main d’œuvre. Outre l’avantage de nous rattacher les Arabes par des travaux qu‘ils regardent comme un immense bienfait, le rétablissement du barrage du Sig avait aussi un puissant intérêt colonial. En effet, si une partie de la
plaine est cultivée par les indigènes, l’autre appartient au domaine, et le moment ne saurait être très-éloigné d’y établir plusieurs centres de population européenne. L’administration prépare un projet de colonisation de cette belle contrée. Sa position entre Mostaganem, Arzeu et Oran, et les routes qui la traversent en rendent l’exécution possible dans un avenir prochain.


Le rétablissement du barrage présentait de grandes difficultés ; les ruines du dernier barrage prouvent la violence du fleuve, quand les eaux sont grossies par les pluies d’hiver. Aussi n‘a-t-on négligé aucune précaution pour donner à cet ouvrage toute la solidité désirable. On a choisi pour l’emplacement du nouveau massif un point où le lit de la rivière avant de déboucher dans la plaine, se trouve resserré entre deux masses de rochers qui offrent le double avantage (d’assurer contre les affouillements les extrémités de la digue, et de préserver, par leur élévation, le pays en aval des inondations, lorsque les eaux, pendant l’hiver, viendront à franchir la crête du barrage sur une hauteur de plusieurs mètres.


Cette large muraille, toute en pierres de taille liées par un ciment de pouzzolane factice, a dix mètres de hauteur au-dessus du fond du lit de la rivière, et neuf mètres d’épaisseur sur quarante-quatre mètres de largeur. Construite au milieu de sources rapides et abondantes, il a fallu des efforts singuliers pour lui former des fondations solides en béton hydraulique et en pierre, et jetées à une profondeur de quatre mètre. Des aqueducs, ménagés dans l’épaisseur de la maçonnerie et garnis de vannes, permettent de vider le bassin en amont. Deux massifs de maçonnerie, également munis d’aqueduc et de vannes, ont été établis de chaque côté du barrage à l’origine des deux canaux d’irrigation, affin d’en fermer l’accès à l’eau au moments des grandes crues. Les travaux ont coutés 150,000 francs.


En décembre 1844, toutes les rivières de la province d‘Oran ont démesurément grossi. Les eaux du Rio-Salado se sont assez élevées pour passer au-dessus du tablier du pont jusqu’à une hauteur de quarante centimètres. Le peut du Chélif a été emporté ; mais les flots ont été impuissants sur le barrage du Sig. Ce magnifique travail est a peine terminé et déjà il a subi une grande épreuve qui puisse en garantir la durée, en résistant à l’impétuosité du torrent, sans éprouver le moindre dommage.‘ Après avoir rempli le bassin naturel formé par le lit de la rivière, les eaux qui descendaient avec violence ont reflué a plus de quatre kilomètres en arrière et n’ont pas tardé à dépasser le parement supérieur, malgré les quatre canaux décharges ménagés dans l’épaisseur du barrage : elles ont coulé par-dessus la maçonnerie sur une épaisseur de prés de deux mètres, sans détaché une seule pierre.


En attendant les résultats matériels de cet ouvrage hydraulique, l’effet moral qu’il a produit sur les indigènes est très-satisfaisant. Le barrage du Sig est l’un de ces monuments impérissables qui transmettra à la postérité la gloire du nom français, et laissera de longs souvenirs comme les travaux gigantesques des Romains ; il honorera les ingénieurs auxquels est due la conception de ce projet et celui qui, sous leur direction, l’a fait exécuter : ce sont M. le capitaine deVauban, chef du génie à Oran, M. Aucour, ingénieur des ponts et chaussées de la province, et M. le lieutenant du génie Chaplain.


En 1845, on entreprendra les canaux d’irrigation projetés sur les deux rives du Sig, et qui sont le complément indispensable du barrage. Un jaugeage calculé avec soin a fait connaître que, pendant les plus grandes sècheresses, le volume d’eau débité par le Sig, n’était jamais moindre de 4 mètres 800 millimètres par minutes, quantité qui suffit pour arroser convenablement une surface de terrain considérable.


Resserrée entre deux berges très-élevées, la rivière du Sig s’élèvera à une hauteur assez grande, et sera assez abondamment fournie pour donner, d’avril en septembre, trois mètres cubes par seconde, et arroser quinze mille hectares de terre. On comprend facilement de quelle richesse sera pour cette contrée une telle irrigation, et quelle prospérité elle apportera dans le village du Sig, qui se forme sur le bord de la rivière, à une lieue du barrage. Déjà le fossé d’enceinte est presque entièrement creusé ; la grande route de Mascara à Oran traverse le village par le milieu ; à droite et à gauche se tracent les lots destinés aux colons. Auprès se trouve la forêt de Mouleï-Ismaël, qui fournira du bois en abondance, et plus tard sera une autre source de prospérité pour le pays par sa grande quantité d’oliviers.


Le voyage du Sig est facile à faire : aujourd’hui une auberge est établie au Tlélat ; des gardes sont placées de distance en distance pour la sécurité des voyageurs, et on peut parcourir toute cette route avec autant de tranquillité que les rues de Paris.

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