La Sigoise
La vie à Saint-Denis du Sig en oranie (Algérie) de 1845 à 1962.

Accueil > Les Chroniques & Poèmes de sigois > Les Chroniques de Ramonet par Raymond BORONAD > LA TERRE DE NOS RACINES .............

LA TERRE DE NOS RACINES .............

vendredi 2 février 2007, par Eric

Afin de permettre une approche plus approfondie et une meilleure compréhension des jeunes générations, nées de parents sigois sur le sol métropolitain après les années 1962, l’histoire pourrait commencer ainsi :

Il était une fois, il y a déjà bien longtemps, sur cette terre française d’Algérie, une charmante petite cité dont l’évocation reste toujours chère à nos cœurs et qui portait le doux nom de Saint-Denis-du-Sig.

Je me suis inspiré d’un livret consacré à cette lointaine époque coloniale par un des premiers instituteurs installé en cette contrée encore presque inculte mais déjà en pleine mutation, Marcel Mira, qui le dédia en témoignage d’affection à Monsieur Henri Descours, maire de la localité et grand-père de notre excellent ami Henri Hum. Cela remonte aux premières années de notre siècle ....

Saint-Denis-du-Sig est située dans le Tell oranais à 52 Kms au sud-est d’Oran, au débouché de l’importante vallée de la Mékerra, au point de convergence de nombreuses voies de communication à l’extrême sud-ouest d’une vaste plaine d’alluvions qui s’étendait vers le nord jusqu’au marais de la Macta, formé par les embouchures confondues de l’Oued-Sig et de l’Habra. La plaine du Sig, d’une surface approximative de 30.000 hectares est limitée au sud par les derniers contreforts des Béni-Chougran, à l’ouest par la forêt de Moulay-Ismaël, à l’est, elle est continuée par la plaine de l’Habra que domine Perrégaux.

Le Sig existait déjà à l’époque romaine sous le nom de Tasacorra, du berbère tara (défilé) et corna (Mékerra) : défilé de la Mékerra. Des ruines non fouillées à l’époque, se trouvaient sur la rive gauche de la rivière et on y voyait des galeries, des traces de murs ; un temple même devait s’y trouver. Un chapiteau de colonne, provenant de là, était déposé dans la cour de l’école maternelle. L’emplacement de la colonie romaine, marqué par un fort exhaussement du sol, devait s’étendre sur la rive gauche de l’Oued Sig, aux alentours du Petit Barrage. Tasacorra était une des stations de la grande voie romaine qui reliait Rusuccuru (Dellys) à Calama (Nédromah) entre Costa-Nova (Perrégaux) et Régia (Arbal). Près du Petit Barrage furent mis à jour, à plusieurs reprises, des tombeaux contenant des bagues, des colliers et autres bijoux. Les débris d’amphores et de poteries diverses y étaient très nombreux.

Après les Vandales qui laissèrent peu de traces, les Maures s’installèrent dans la région et s’y adonnèrent à la culture. On y voyait encore les ruines d’un aqueduc qui partait de la gorge où a été construit le Petit Barrage et passait au-dessus de l’emplacement occupé par le canal du réseau d’irrigation. On avait attribué aux Romains la paternité de cet aqueduc, mais les matériaux employés, notamment des perches bien conservées, dénotaient un ouvrage plus récent.

Avant l’arrivée des Français, les tribus qui environnaient la plaine du Sig, avaient là réputation de fournir un contingent de brigands et longtemps après notre occupation, le pays fut terrorisé par des malandrins et coupeurs de routes.

Au tout début de l’installation des Français en Algérie ; le Sig fut désigné comme gîte d’étape pour engager la lutte contre Abd el-Kader et plusieurs combats furent livrés dans la plaine attenante. En 1841, le général Lamoricière, aidé de Mustapha-Ben-Ismaël, tailla en pièces les troupes de Ben-Tami, lieutenant d’Abd el-Kader près de la forêt d’Ismaël (La Mare d’Eau). Un camp fut donc établi sous le nom de Camp du Sig et dès 1844 ; une ambulance pour les malades et les blessés y fut installée.

Un arrêté du Maréchal, duc de Dalmatie, Ministre de la Guerre, en date du 20 juin 1845, prescrivit la création du centre dé Saint-Denis-du-Sig. Mais contrairement à ce qu’avaient fait les Romains, l’emplacement fut choisi sur là rive droite. Il s’agissait alors d’en faire une tête de pont défendant le passage de la rivière et l’accès d’Oran contré les attaques des pillards venant de l’intérieur. En même temps une zone d’irrigation était constituée : elle était alimentée par un barrage-déversoir (le Petit Barrage) établi par le Génie Militaire en 1845 dans un défilé de l’Oued Sig à 3 kilomètres en amont de la ville. Une digue de 7 mètres de hauteur fut construite sur ce barrage en 1858 et il put, alors contenir une réserve de 3 millions de mètres cubes d’eau. Cette digue fut emportée le 8 Février 1885 en même temps qu’une partie de celle du : Grand Barrage édifié en 1883 à 17 kilomètres en amont du premier. Le Grand Barrage fut restauré aussitôt : une digue de 100 mètres de long - 30 mètres de hauteur - une largeur à la base de 32 mètres pour une largeur de la plate-forme de 4 mètres. Sa capacité dépassait les 15 millions de mètres cubes.

Les premiers habitants de cette nouvelle colonie furent des Allemands d’abord ; puis des Francs-Comtois. Mais les travaux de défrichements et le voisinage des marais amenèrent bientôt des fièvres paludéennes et ce premier peuplement disparut sans laisser de traces. II fallut attendre l’exode massif des Alsaciens - Lorrains après la débâche de 1870, les tragiques déportations des condamnés politiques du soulèvement de la Commune de Paris en 1871 et l’arrivée des émigrants Espagnols fuyant sévices et misères de leur pays, pour que se forge le creuset initial des futures générations de Pieds-Noirs.

Saint-Denis-du-Sig situé dans le Sahel Algérien, à une altitude de 60 mètres, jouissait d’un climat marin, d’une très grande douceur en hiver, bien qu’en été la chaleur y sévissait avec intensité. Par temps de sirocco, le mercure atteignait 42° C à l’ombre. Le régime des pluies y était assez irrégulier.

La cité avait la forme d’un rectangle de 670 mètres de long, de l’ouest à l’est, sur 600 mètres de largeur du nord au sud. Les rues se coupaient à angle droit. Deux grands boulevards d’une largeur de 25 mètres limitaient la ville au nord et au sud. Au Centre, courait de l’ouest à l’est, la route nationale d’Oran à Alger, laquelle s’élargissait dans l’agglomération pour former l’Avenue de la publique, belle artère de 32 mètres de largeur, bordée de ficus à petites tailles et de faux-poivriers. Les cafés, les magasins y étaient installés et dès la belle saison revenue, la population se livrait, depuis des lustres, au plaisir de "faire le boulevard" jusqu’à une heure fort avancée de la nuit, de l’église, au square Paul Bert, près de l’école des filles.

Le régime militaire prit fin en 1854. Le 13 Janvier 1855, le Sig fut désigné comme chef-lieu d’un commissariat civil. Sous l’administration éclairée des Commissaires civils, assistés d’un Conseil municipal nommé jusqu’en 1867 par arrêté du Gouvernement Général, puis élu au suffrage universel, le Sig prit rapidement une grande extension.

De grands travaux d’utilité publique furent activement poussés ou préparés. D’élégantes constructions particulières s’élevèrent de toutes parts, remplaçant les modestes baraques du début, et de verdoyantes plantations agrémentèrent le centre du village.

Je rappellerais la longue liste des principales réalisations effectuées au cours des ans :

- La première pierre de l’église fut posée le 1er Mai 1859 et l’inauguration solennelle se déroula le 30 Septembre 1860. C’était une coquette réminiscence du style roman du 12ème siècle. Le clocher quadrangulaire muta d’une horloge à 4 cadrans culminait à 24 mètres et était dominé par une croix en fer forgé de 8 mètres de haut. On remarquait à l’intérieur quelques toiles d’une réelle valeur artistique. Ce lieu sacré n’existe plus hélas, si ce n’est dans nos pensées et sa croix a pu être ramenée en Métropole par nos amis Garcia Louis et son épouse et elle s’élève à présent sur leur propriété de Prats de Mollo dans les Pyrénées Orientales.

- La chapelle dédiée à Notre-Dame-du-Bon-Remède, érigée sur un des mamelons du Djelbel-Touakès fut consacrée en Mars 1862. Elle n’est plus que ruines et notre Vierge vénérée a suivi notre exode et se trouve au Sanctuaire de Nimes-Courbessac en compagnie de Notre-Dame-de-Santa-Cruz.

- Les autres cultes avaient aussi leurs lieux de prières

- la Synagogue : Rue d’Isly

- le Temple protestant : Rue Victor-Hugo

- et 2 Mosquées : l’une Rue Voltaire - l’autre Boulevard Gambetta

- La construction du chemin de fer en 1861 vint ajouter encore à la prospérité du Sig en ouvrant des débouchés aux produits du sol.

- En 1863, pour assurer à la ville une main d’œuvre située à portée, un village musulman de 200 âmes fut créé au sud-est : ce que l’on appelait le village nègre.

La Gendarmerie fut installée en 1879, en retrait de l’avenue de la République, près de l’emplacement de l’ancien Corps de Garde de la porte de Mascara.

- L’ambulance créée en 1844, transformée en hôpital en 1853 administré en régie par des Religieuses Trinitaires, fut laïcisé en 1880. Sa superficie atteignait 6000 mètres carrés environ et on y annexa un asile pour vieillards et malades, incurables.

- Le marché couvert achevé en 1888, situé au centre du village sur l’Avenue de la République, se présentait sous la forme d’une solide bâtisse rectangulaire dont les murs étaient reliés au toit par de hautes persiennes assurant le renouvellement de l’air. Derrière le marché se trouvait une poissonnerie alimentée par des pêcheurs d’Arzew.

- L’Hôtel de Ville, inauguré en 1898, édifié selon les plans établis par A. de Maupassant, ingénieur (1841-1923) qui se révéla un grand bâtisseur au Sig, était un très bel édifice de fort grand air avec son perron en pierre de taille et sa façade sculptée. On accédait au 2éme étage où s’ouvrait la splendide salle des fêtes, résonnant encore de tant de souvenirs, par un double escalier de marbre blanc. De la terrasse, on jouissait d’un coup d’œil superbe sur la plaine et sur la montagne.

L’enseignement fut assumé jusqu’en 1866 par les Religieuses Trinitaires et leurs sympathiques cornettes étaient bien connues et appréciées par toute la population.

- L’École de garçons édifiée en 1866 portait le nom de l’un de ses directeurs Édouard Mazel - et combien de générations et de générations de Sigois tant européens que musulmans y ont frotté sur ses bancs, leurs fonds de culottes. C’est le regretté Raymond Huertas, qui à l’heure tragique de l’exode en 1962 assurait la direction de cet Établissement.

- L’École de filles datant de 1887 est encore présente dans la pensée de tous par 1e nom de sa dernière directrice, Madame Daléra, qui s’identifiait depuis tant d’années à son groupe scolaire, par ses grandes qualités professionnelles et son exceptionnelle ouverture de cœur et d’esprit.

- L’École maternelle se situait derrière l’église et depuis 1898 accueillait les jeunes enfants. Ma mémoire ne me faisant pas encore défaut, je me souviens de ma première institutrice, Mademoiselle Tichané ..... cela remonte à très très loin ......

- Et enfin l’École Mira, en bordure du Village Nègre, recevait les élèves à musulmans depuis 1912 et son dernier directeur, Monsieur MORRO, était y notablement estimé de tous.

Je n’omettrais pas de signaler qu’en Octobre 1923, l’ancien Mae, Monsieur Descours, inaugura sur la spacieuse place de la Mairie, le Monument aux Morts, dédié aux 119 Sigois tombés au Champ d’Honneur durant la Grande Guerre de 1914-18. C’était un très bel obélisque surmonté d’un Poilu en armes et des plaques de marbre blanc apposées sur ses quatre faces rappelaient en lettres les noms des enfants du village, morts pour la défense de la Patrie. Après le conflit mondial de 1939-45, une plaque supplémentaire vint allonger la liste des jeunes de chez nous qui sacrifièrent leur vie afin de rendre la liberté à leur pays courbé sous le joug de l’occupant.

Beaucoup plus tard, devant le porche de l’église et face au Monument aux se dressa sur son piédestal une massive statue de Saint-Denis, Patron de la localité.

Aucun de ces symboles n’a résisté au Vent dévastateur de l’Histoire.

Ne reste plus, mais pour combien de temps, sur ce sol à l’origine inculte et caillouteux, mais fertilisé et enrichi par tant de sueur, d’efforts et de larmes, que, notre cimetière dont le souvenir des morts qui y sont ensevelis nous ronge le cœur.

Qu’ajouter de plus à cette longue dissertation, sinon que Saint-Denis-du-Sig était un Centre de grande prospérité, très agréable à vivre ; où la population, qu’elle fut de souche européenne ou musulmane, s’accordait en une parfaite harmonie, où tous ses enfants se côtoyaient sur les bancs des écoles, sur les aires de jeux ou sur des terrains sportifs, sans aucune animosité.

La tragédie qui a duré sept ans et qui s’est terminée dans le sang en 1962 a férocement balayé de merveilleuses réalisations et d’inhumains sacrifices consentis durant des décennies pour faire de notre ancienne province un inestimable joyau que le monde nous enviait.

À l’heure présente, chacun jugera, selon sa conscience, ce qu’il en est adevenu .......

1 Message

  • LA TERRE DE NOS RACINES ............. Le 8 juin à 18:19, par Martin

    Je reviens d’Altea en Espagne où je viens d’apprendre en consultant les registres de l’église que mon arrière grand mère s’est mariée à St denis du Sg m’est revenu en mémoire l’ histoire racontée par ma maman sur le barrage et les inondations je souhaiterai vous parler au téléphone merci infiniment je suis chanteuse j’écris mes mémoires et je traverse l’histoire de mes ancêtres mon tel 04 68 66 85 10

    Répondre à ce message

Répondre à cet article